Bref, j’ai passé mon CAP broderie main en candidat libre

Clown blanc

Attention, article long !

L’envie me titillait depuis de longues années (cf mon post de 2015 : cours de broderie main – mairie de paris- update 2021) L’été dernier, j’abandonnais mon entreprise pour me lancer dans un projet de reconversion en lien avec la broderie. À cette occasion, je me suis inscrite à une formation professionnelle en broderie Haute Couture à La Couture Brigade. Je rencontrai également une brodeuse, amie de la mère d’un copain de mon fils, elle -même reconvertie après une carrière d’hôtesse de l’air, pour lui présenter mon projet. Isabelle m’a alors convaincue qu’il fallait que je le passe ce fameux CAP. Il ne fallait pas grand chose pour que l’envie réapparaisse.

Dès que les inscriptions se sont ouvertes, je me suis précipitée pour m’inscrire, c’est ainsi que je me suis retrouvée avec le numéro 1 en candidat libre du CAP broderie main sur mon académie. Peu de temps, après, j’apprenais qu’il fallait faire un stage de 14 semaines pour pouvoir être convoqué à l’examen du CAP, c’était une nouveauté de mi septembre qui m’avait échappée (et qui avait aussi échappé à mon organisme de formation qui a découvert le truc en même temps)

À la recherche de mon stage, je contacte Isabelle pour lui donner quelques nouvelles et c’est ainsi qu’est née l’idée de me prendre en stage avec elle.

Après quelques aventures pour dénicher une convention de stage, mon organisme de formation professionnelle, ne pouvant pas me signer une convention de stage, car ma formation faisait moins de 200 heures, j’en ai déniché une avec ma fac pour ma 1ere année d’histoire de l’art (et le cours relation artisans/artistes) et une deuxième avec mon entreprise (et mon congé mobilité). Bref, deux conventions de stage pour un seul stage, pendant 14 semaines, de décembre à avril (et un rapport de stage pour la fac!)

L’objectif de cette formation pour moi était surtout d’arriver à maîtriser ce fameux crochet de Lunéville avec lesquel j’avais eu pas mal de déboires. J’ai donc passé beaucoup de temps à essayer de le maîtriser, le principal exercice étant de remplir des petites maisons avec des points différents, avec des perles ou des paillettes ou les deux, dans un sens, dans un autre sens, dans tous les sens…le tout représentant les points à maîtriser pour le CAP. Autant vous dire que les points à l’aiguille ont été relativement faciles à maîtriser (quand je ne les connaissais pas déjà), ceux au crochet un peu moins…

Maisons exercices proposées par la formation de la Couture Brigade

Je vous avoue qu’à la fin, les petites maisons me sortaient par les yeux ! Surtout celles avec des pailletttes de 3 mm ou de la rayonne à poser au crochet!

J’avais hâte de passer au véritable projet : un magnifique paon. Mais cela fera l’objet d’un autre article.

Ayant déjà un diplôme de l’enseignement supérieur, j’étais dispensée des matières générales, telles que le français, les maths, l’histoire-geo, ou l’anglais.

Pour moi, l’examen du CAP consistait en 3 épreuves : une épreuve de « Prévention, Santé, Environnement » (coef. 1), une épreuve « Art Appliqué et Histoire de la broderie » (coef.5), une épreuve de « Pratique de broderie » (coef. 12).

Prévention, santé, environnement : c’est surtout une matière de « bon sens » pour une personne de 50 ans : quels gestes avoir en cas d’accident, qui prévenir, mais aussi que faire pour limiter sa consommation en eau par exemple…Pour me préparer, j’avais cherché les annales des années précédentes, l’épreuve étant commune à tous les CAP. Voici les Annales de l’académie de Versailles. Sinon, j’ai vu des candidats réviser à la dernière minute avec un livre du style

Les épreuves relatives à la broderie

C’est là où les choses se compliquent, car il n’y a pas d’annales, ou plus exactement il n’existe que de vieilles annales datant au max de 2012, les épreuves ayant un peu évolué depuis!

Le thème global (à la fois pour l’art appliqué mais aussi l’épreuve pratique) portait sur un costume de clown blanc, un peu du style de cette photo, mais dont la broderie portait sur le thème des galaxies : une planète avec un anneau, une voie lactée, des étoiles….

Arts appliqués et Histoire de la broderie

C’est sur la base des vieilles annales que je me suis entraînée, mais pour tout vous dire, l’épreuve a été clairement différente de celle des annales.

Pour la partie « Arts appliqués » (c’est-à-dire dessin), pas besoin d’avoir un super niveau de dessin académique. Il faut suivre très consciencieusement la série d’exercices donnés, qui amènera au dessin final. Ma recommandation: bien suivre la liste du matériel à emmener, avoir une idée très précise du rendu de couleurs de vos crayons de couleurs auparavant, emmener un trace-cercle (plus pratique qu’un compas): ça aide! Les exercices portaient sur la notion de profondeur (avec des niveaux de gris ou de taille ou de superposition), de dégradés qui donnent la sensation de volume (passer d’un cercle à une sphère avec des dégradés de gris ou de couleur et de la direction de la lumière), de couleurs (dominante et variations), le tout pour être capable de proposer, en exercice final, une tenue de clown blanc sur le thème des galaxies.


Exemples d’exercices de l’épreuve d’art appliqué

Pour l’histoire de la broderie, je recommande de ne pas passer plus de 45mn (max 1h dessus pour une épreuve de 4h): il n’y a pas vraiment d’ouvrages ni de formation dédiés (mais ça viendra 😉). Ma recommandation : savoir reconnaître les grandes époques à partir d’œuvres d’art européennes (moyen-âge / renaissance / moderne / contemporain avec les siècles associés), et savoir reconnaître les types de points/techniques de broderie (opus anglicanum / or nué / peinture à l’aiguille / broderie perlée / broderie métallique / broderie traditionnelle, chaînette / point lancé etc…). On a eu aussi une photo d’un vase chinois, où il fallait reconnaître l’origine et dire pourquoi on pensait qu’il était chinois. Les photos sur lesquelles on nous demande de répondre étant tellement petites, que, outre l’envie de zoomer, j’ai surtout regretté de ne pas avoir embarqué avec moi mes lunettes loupe de broderie 😂

Le fameux vase chinois

L’épreuve pratique de broderie

Sur 3 jours – 20 h, elle consiste à exécuter un motif selon un cahier des charges bien précis, plus une petite épreuve de piquage/poncage, plus le lendemain, un oral de 30 mn.

La veille de l’épreuve, on est invités à déposer nos tréteaux et notre métier dans la salle d’examens. J’étais convoquée au Lycée professionnel Jules Verne de Sartrouville, ce qui représentait une bonne grosse heure de trajet depuis la maison. Le départ à 7h du mat, pour y être à 8h, ca pique un peu!

Le jour J, on nous distribue:

  • le tissu avec le dessin déjà exécuté dessus
  • un cahier des charges sur 5-6 feuilles A3 (1 feuille de contexte, 1 feuille de photos dessus/dessous plus ou moins floues- c’est censé être là pour nous aider mais il ne faut pas trop compter dessus, 1 feuille de croquis de plan de points envers / endroit, 1 feuille avec un tableau récapitulatif : symboles du croquis / quel point/ avec quelle(s) fourniture(s), 1 feuille dédié à l’opération de piquage/ponçage).
  • un sachet contant toutes fournitures (fils, perles, paillettes,…)

Et c’est parti! Première opération (et pas des moindres): montage du métier! Je recommande vivement d’avoir bien révisé cette partie, afin de ne pas perdre trop de temps. Souvent, on ne l’a fait que une ou deux fois auparavant, et on galère un petit peu, et on perd du temps inutilement car même si ce montage n’est pas noté, il conditionnera vraiment vos conditions de travail et de confort pendant ces 3 jours….A ce sujet, il y a une bonne vidéo effectuée par atelier maison elinaya.

Je recommande également, avant de se précipiter à broder, une lecture attentive du tableau récapitulatif des points, histoire de voir si certains sont inconnus (et se renseigner soit à la pause auprès de ses camarades, soit le soir pour savoir en quoi ils consistent), éventuellement mettre en place une stratégie d’ordre d’exécution (certains peuvent être exécutés tous seuls, d’autres que si d’autres points ont été exécutés au préalable (ex. Bourrage et Passé plat sur bourrage). Généralement le tableau présente les points par ordre d’exécution). En ce qui me concerne, sur les 25 points exigés, il y en avait deux pour lesquels j’ai demandé le soir la définition à ma prof. Souheila.

Et surtout, surtout, garder un œil sur la montre! Il est quasiment impossible de finir le motif dans le temps imparti : ce qui compte donc c’est demontrer qu’on sait faire l’intégralité des points du tableau, donc il faut les faire TOUS, un petit peu mais de façon QUALITATIVE. C’est une recommandation que j’ai eu de la part de tout le monde (Isabelle, ma prof, Joelle). J’avais eu l’occasion de m’en rendre compte quand j’ai effectué un CAP blanc avec atelier maison elinaya. Merci Joelle d’avoir proposé cette opportunité, car, sans toi, je ne crois pas que je m’en serai sortie. En ce qui me concerne, j’ai dû faire environ 25% du motif, ce qui est très peu, en comparaison à pas mal de mes petits camarades (j’ai pu jeter un coup d’œil furtif lors de la remise des ouvrages. J’étais vraiment très peu avancée).

D’ailleurs, je recommande vivement l’ouvrage « Passez votre CAP Broderie » car, non seulement il explique les points à acquérir, mais il est également plein de renseignements et infos sur les épreuves d’arts appliqués, l’oral de l’épreuve pratique etc….une vraie pépite ! Ca a été ma bible pendant toute cette année…et je m’y réfère toujours.

Le deuxième jour, il y a l’épreuve de piquage /ponçage : on vous extrait de la salle pour vous emmener dans une salle dédiée : on vous donne un calque et vous devez reproduire un dessin sur un tissu selon les instructions du feuillet spécifique à cette opération. Il y a un premier poste de travail avec tout le nécessaire pour le piquage : calque pour s’entraîner, crayon de papier, plateau avec différents outils dont une pierre ponce, le fameux pik-vit (faut juste trouver le bouton marche 🙃, ce que j’ai mis du temps à trouver) et réfléchir un coup par rapport aux instructions (/!\ aux pièges : reproduire le motif dans le bon sens sur l’endroit ou sur l’envers du tissu). Le deuxième poste est dédié au ponçage : aiguilles, poids, pincette, noir de charbon, spray d’alcool ménager ou fixatif, crayon de papier et essuie-tout. On a tout le temps qu’on veut pour cette opération, mais c’est du temps en moins pour broder. Très honnêtement, je suis incapable de dire combien de temps j’y ai passé et heureusement que j’avais fait une répet’ lors de mon CAP Blanc….

Le fameux pik-vit

Au troisième jour, on arrive avec une stratégie en tête pour réaliser tous ses points : de telle heure à telle heure, je fais le point numéro 23, etc…Mais, il faut compter 45 mn en moins par rapport à l’heure de fin, où l’on n’a plus le droit de broder (fin à 15:45 pour une fin officielle à 16:30). Ces dernières 45 mn sont dédiées aux finitions (coupes des folies, collage – d’ailleurs j’ai zappé cette opération puisque j’avais oublié d’amener ma colle, tombée de métier, passage de la vapeur et couture de l’étiquette). On repart avec ses tréteaux et son métier le jour même si on le souhaite, sinon ce sera le lendemain après l’oral.

Le quatrième jour, on est convoqué à une heure bien précise pour l’oral de 30mn : on tire au sort un sujet, avec quatre grandes thématiques : une sur les textiles en général (ex; : de quoi est constitué un tissu, à quoi sert une étiquette, reconnaître un tissu et son armure), la deuxième sur la broderie en général (ex. : citer trois différents types de broderie, quelle aiguille utiliser pour broder avec un coton perlé), la troisième sur une opération de broderie (ex.: citer les différentes étapes d’une opération de piquage/ponçage), la quatrième sur la prévention en atelier (ex. : quel numéro appeler en cas d’accident, en cas d’incendie, quels sont les risques lors d’une opération de ponçage).. J’avais révisé la partie sur les fils et les textiles avec l’ouvrage « Passez votre CAP », mais aussi avec une vieille édition de « Technologie des textiles » miraculeusement disponible à la bibliothèque avant les épreuves. Je crois même que je vais investir dans une édition plus récente car les infos sur la production de lin ou de coton datant de 1991 ne sont plus très à jour, et franchement ce livre donne un bon aperçu de comment sont fabriqués les fils et textiles (je peux pas m’empêcher, en bon ingénieur Arts et Métiers).

Et alors, le résultat de tout ça?

J’ai eu mon CAP Broderie main…

…et je suis hyper fière!

Et félicitations aussi à toutes ceux/celles que j’ai rencontrés pendant ces épreuves et qui ont eu aussi leur CAP : Maxime, Kelly-Joanna, Laura, Anne-Lise et ceux/celles dont j’ai oublié le prénom. Bravo.

Pour celles/ceux qui voudraient passer leur CAP Broderie en candidat libre (et les autres aussi), j’espère vous avoir un peu éclairé sur comment se passe l’épreuve. Si vous pouviez juste me donner un petit avis sur cet article, ca me ferait super plaisir.

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